Approches Interdisciplinaires du Web

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La science du web et les réseaux sociaux

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Les réseaux sociaux dans les sciences du WebAu coeur des web sciences, il y a, entres autres, la volonté de comprendre le Web comme structure-processus continuel d’élaboration d’un réseau, de réseaux, et pour cela, produire de la connaissance via l’interdisciplinarité.
Or, les réseaux, objets communs à différentes disciplines (principalement, l’informatique, les mathématiques et la sociologie, à quoi Noshir Contractor devait ajouter la psychologie et les sciences comportementales), constituent une invitation à explorer cette approche. Imbrication entre les niveaux d’analyses, processus de construction, de développement puis de dégénérescence des liens, circulation de l’information, autant de questions qui font des réseaux sociaux, du réseau comme mode d’approche de la réalité, un objet d’étude en même temps qu’un moyen d’affirmation pour les sciences du web, un lieu où l’interdisciplinarité dont on a tellement discuté pourrait s’incarner. La manière dont ils ont été abordés lors de cette conférence dit énormément sur l’enthousiasme que génère le projet, en même temps que sur les défis qui sont les siens.

La session « social networking »

C’était une session consacrée aux réseaux sociaux : ces choses, dans les web sciences, comme ailleurs, peuvent être de nature diverses: des graphes, d’abord, omniprésents, bien au delà de cette session, objets d’analyses, produits par des informaticiens et des mathématiciens. Mais  au-delà de l’analyse des graphes, cela renvoie à un courant de l’analyse sociologique dit « structural », car il cherche à étudier les effets sur les acteurs de leur position dans le tissu social. Ce sont aussi tous les réseaux sociaux bien connus du Web, facebook, twitter, flickR, my space… qui sont à la fois des outils de mise en relation et de communication, et des réseaux de relations entre des humains (dit autrement, par rapport au téléphone et aux modes de communications classiques, ils rendent visible certaines des relations qui existent entre les personnes qui les utilisent pour communiquer), et qui peuvent supporter toutes sortes d’approches. Bien sûr ces trois dimensions ont toutes à voir les unes avec les autres, il est intéressant de les présenter ensemble. Pourtant, le caractère assez décousu de cette session, au final, laisse une impression mitigée…

D’abord, il fut question de modélisation de graphes de terrains, (« complex networks », en anglais). Trente minutes, durant lesquels de jeunes chercheurs en informatique/mathématiques tentèrent d’exposer tous les avantages que présente selon eux l’utilisation d’une fonction de kernel dans la modélisation d’un réseau. L’idée générale, mais dont l’explicitation dépasse largement mes compétences, est que ces graphes permettent de mieux faire apparaître des phénomènes de clusterisation et de hiérarchisation, difficiles à générer. Des questions?  Trop sans doute, aucune ne fut posée. C’était le matin du troisième jour, il est vrai. Mais quand même, on ne peut pas s’empêcher de se dire que l’interdisciplinarité, au coeur du projet de web sciences, si importante, semble-t-il lorsque l’on en vient à construire des graphes pour analyser des phénomènes sociaux a un long chemin devant elle.

Une désertion, ensuite, et l’expérience du petit monde ne fut pas re-détaillée. Mais elle fonctionne aussi, toujours, sur le web, dit le papier. Sur internet comme ailleurs, avec six intermédiaires seulement, vous pouvez joindre n’importe qui.

Alors, Barbie Clarke, de l’université de Cambridge, quand elle a commencé à parler des pratiques des enfants sur internet, avait salle acquise. Cette psychologue de formation s’inscrit dans la lignée des travaux de danah boyd sur les usages des réseaux sociaux par les enfants. Durant deux ans, elle a conduit une série d’entretiens et d’observations ethnographiques avec vingt-huit jeunes adolescents (âgés de 13 ans environ) du sud de l’Angleterre, pour questionner les effets de l’usage de ces plate-formes sur la construction de l’identité. A cet âge, les relations amicales en sont un élément important : « Be Friend for Ever » (soyons amis pour toujours, le titre de la présentation de B. Clarke) c’est l’expression employée par les ados qui dit leur engagement dans ces relations en ligne. Ces sites leur permettent de questionner leur identité avec une grande liberté, due au fait que c’est un « espace public » à la maison: les réseaux sociaux les rendent capables de s’émanciper de certaines contraintes (spatiales surtout) et de maintenir en ligne un très grand nombre de relations (et dans lesquelles ils s’engagent d’avantage que les adultes selon B. Clarke), le tout en jouant avec leur image.

Son intervention, bien que ce n’était pas directement son propos, pose un très grand nombre de questions sur la manière dont, très concrètement, Internet et les usages des sites de réseaux sociaux font évoluer les pratiques de sociabilité juvéniles: quels sont les différences entre les filles et les garçons? en fonction du milieu social d’origine? de la mobilité? Comment les relations en ligne et hors ligne s’articulent-elles? A quels genres d’inégalités les adolescents qui n’ont pas accès à ces sites sont-ils confrontés? Et l’on voudrait alors voir les réseaux de relations de ces adolescents, pouvoir les comparer entre eux…

Noshir Contractor, à chaque question son réseau

Noshir Contractor : Multidimensional Networks in the semantic web/web 2.0

Noshir Contractor : Multidimensional Networks in the semantic web/web 2.0

Après cette session, si vous aviez accordé un minimum de crédit aux discours alléchants sur l’entrelacement des niveaux d’analyse, la compréhension (et non plus la seule description) des phénomènes macroscopiques, la manière dont les machines influent sur les réseaux de relations qui les empruntent (et vice versa) alors, »rien de neuf sous le soleil »et vous étiez déçu. Sur quoi, les travaux de Noshir Contractor, professeur à l’université de Northwestern, directeur d’un groupe de recherche appelé SONIC (Science Of Networks In Communities — science des réseaux dans les communautés), sont apparus comme une grande respiration. Spécialiste des sciences comportementales, il a jeté, sous les yeux du public enchanté, l’esquisse d’une approche structurale animée d’un maître-mot : compréhension. Cette volonté de construire des réseaux porteur de sens, de se demander ce qu’est cette structure que l’on est en train d’établir, de ne pas séparer la formulation des hypothèses du recueil et la mise en forme des données engendre des approches très créatives. Et, dans une certaine mesure, on pourrait dire qu’elle débouche sur l’émancipation des graphes de la tutelle exclusive des informaticiens. Dans l’étude des phénomènes de grande échelle, on a souvent l’impression que les informaticiens sont rois. A eux, la production des données, et le développement des outils d’analyse qui vont avec, après quoi les sociologues tireront de ce petit kit les conclusions qu’ils pourront…

L’exemple de l’étude de la circulation de l’information lors de la procédure déployée pour le cyclone Katrina montre qu’il est possible de produire des réseaux conçus dès l’origine pour questionner des hypothèses. Par exemple, dans le cas de la circulation de l’information dans des cas de procédures d’urgence, N.Contractor et son équipe ont établi le réseau spatialement situé de la diffusion des informations, avec des noeuds de nature différentes (personnes, institutions, concept…). Ainsi l’approche structurale n’est plus une fin en soi, mais permet jusqu’à l’élaboration de recommandations, ici sur le nécessaire renforcement de la position de telle structure dont la centralité déclinante (donnée structurale) ne lui permettait plus d’exercer les missions qui lui ont été confiées (données plus qualitatives).

Le principal point d’interrogation concerne les échelles de l’analyse. Est-on systématiquement condamné à arbitrer entre analyse de données à grande échelle et l’attention accordée au sens? Approches structurale et qualitative sont-elles toujours conciliables? 

La question reste ouverte. Cependant, dès lors que l’on considère que tout, dans la société, est potentiellement réseau, que les réseaux sont donc toujours une construction abstraite, et si la science du web a vraiment pour ambition de comprendre la manière dont fonctionne le Web pour se doter d’une capacité d’action, probablement,  elle n’a pas le choix, et il lui faudra articuler ces deux modes d’approches ; pour cela, concevoir les réseaux —aussi— comme des outils de formulation d’hypothèses, c’est à dire les construire à partir de questions de recherche et non plus seulement en fonction des données déjà disponibles. C’est en tous cas ce que prône la présentation de N. Contractor, très enthousiasmante bien que trop peu détaillée pour répondre aux questions qu’elle a soulevées. Mais sans doute, il serait injuste de reprocher à la première conférence de science du web d’avoir posé des jalons en formes d’interrogations plus tôt que d’avoir su y répondre…

 

Références:

Mihail, Milena and Amanatidis, Yorgos and Young, Stephen (2009) « Kernel Models for complex netowrks« , In: Proceedings of the WebSci’09: Society On-Line, 18-20 March 2009, Athens, Greece.

Zhang, Lei and Tu, Wanqing (2009), « Six degrees of separation in online society« , In: Proceedings of the WebSci’09: Society On-Line, 18-20 March 2009, Athens, Greece.

Clarke, Barbie (2009), « Be friend for ever: the way in wich young adolescents are using social networking sites to maintain friendships and explore identity », In: Proceedings of the WebSci’09: Society On-Line, 18-20 March 2009, Athens, Greece.

Le présentation de Noshir Contractor: « Web Science, an exploratorium for understanding and enabling social networks »

Written by clairefilou

2 avril 2009 à 6:55

Publié dans Uncategorized

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