Approches Interdisciplinaires du Web

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Demain, la République du Web : une utopie ?

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Regards croisés sur la mécanique actuelle du Web, ses défis techniques, scientifiques et sociétaux

IntervenantsRésuméDocumentsVidéoCompte renduLe cycle de conférences

Date: Mercredi 2009, 19h-21h

Lieu: La Cantine. 151 rue Montmartre, Passage des Panoramas, Paris 2e.

Intervenants:

  • Serge Abiteboul, Informaticien, Directeur de recherche à l’INRIA, a été professeur à Stanford et à l’École Polytechnique. Spécialiste mondial de la gestion des bases de données . Co-fondateur de Xyleme . Prix d’Informatique (2007) de l’Académie des Sciences dont il vient d’être élu membre .
  • Jean-Pierre Corniou, expert en informatique d’entreprise et en management, a été directeur des systèmes d’information (DSI) d’Usinor-Sacilor puis du groupe Renault-Nissan. Il a présidé le CIGREF ( Club Informatique des grandes entreprises françaises) pendant 6 ans. Directeur général adjoint de SIA Conseil, auteur de plusieurs ouvrages, il enseigne le management des systèmes d’information à Paris-Dauphine et vient de publier « Le Web a 15 ans .. et après ? »

Résumé:

Le Web est un paradoxe: il s’est construit de façon non-planifiée, personne ne semble être maître de son développement et un quart de l’humanité l’utilise quotidiennement. “Le Web , c’est nous !” : Il appartient au citoyen de le connaitre et de le comprendre pour l’exploiter et le construire intelligemment. Serge Abiteboul nous expliquera la “mécanique” informatique du Web d’aujourd’hui, ses fragilités et les solutions envisagées par les scientifiques pour y pallier. Les considérations techniques étant aujourd’hui souvent mises au défi par le changement systémique que le Web introduit dans le processus d’’innovation, Jean Pierre Corniou détaillera alors les enjeux, risques et opportunités d’une gouvernance mondiale d’Internet, qu’elle soit technique et/ou politique. Mécanique rigoureuse à inventer ou bricolage permanent sous surveillance citoyenne ? : le débat promet d’etre passionnant !

Documents:

Enregistrement Vidéo:

Compte-rendu:

Le rapport ci-dessous est mis à disposition par Claire Filou
selon les termes de la licence Creative Commons
Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage des Conditions Initiales à l’Identique 2.0 France
Creative Commons License

Rapport d’étonnement et synthèse du débat, par Claire Filou

Au mois d’Avril 2009, le projet de Master Web Sciences et la Cantine nous conviaient à rencontrer deux intervenants – Jean-Pierre Corniou et Serge Abiteboul – autour d’une question : « faut-il instaurer la République du Web ? ». Autrement dit, quels sont les enjeux politiques posés par la toile ?. Une interrogation à laquelle ils ont apporté des réponses très différentes tout en s’accordant sur un point central : pour l’heure, le Web est une jungle où règne la loi du plus fort et il serait temps de faire quelque chose !

«  La République, ce n’est pas le bordel» (Jean-Pierre Corniou)

Selon Jean-Pierre Corniou, « Internet n’appartient plus au monde de la technologie » et il en appelle à une prise de conscience urgente de la part du politique.

Le Web, certes, est l’outil, le levier d’un changement économique, politique et social profond, par sa nature et son ambition, les contenus qu’il héberge, et les relations qu’il rend possible:

Mais le Web a grandi, s’est développé de façon anarchique et il est aujourd’hui désorganisé.

Les responsables politiques ne s’y intéressent que très ponctuellement, lorsqu’il soulève des questions médiatiques, et ils n’appréhendent que trop rarement la portée des enjeux de société qui y sont liés.

Aujourd’hui sur la toile, l’utilisateur à la capacité de participer, donner son avis, se faire entendre. Mais qui va être en mesure de protéger cette spécificité et d’éviter que le web ne se transforme en média de masse ? A quelles conditions va-t-on permettre aux récepteurs de garder le droit d’être des émetteurs ? Une régulation s’impose, qu’il s’agisse de tirer toute les potentialités des intelligences qui s’y expriment ou de façon plus élémentaire d’y maintenir une certaine sécurité.

Ainsi, face aux courants utopistes (le Web est « sans territoire », et on dénie en conséquence à toute autorité le droit de lui imposer ses règles), il faut d’abord rappeler la réalité – dans les faits, tout ce qui circule sur le réseau est soumis au droit des pays dans lesquels l’information est diffusée, l’utopie n’empêche pas la censure en Chine…- et construire une horizon commune. Défendre le concept de République, c’est promouvoir un mode de construction sociale beaucoup plus exigeant que la maximation d’intérêts propres et défendre une certaine éthique.

Qui voudrait d’un avion sans commandant de bord ? A l’heure actuelle, faute de gouvernance mondiale, c’est la situation que nous vivons sur terre. La véritable utopie aujourd’hui, consiste à inventer une « République planétaire, terrienne ». Dans cette perspective, le Web c’est l’outil qui, par la circulation et le partage de connaissances, doit permettre au « vaisseau spatial terre » de se construire cet objectif. Ce qui suppose une certaine discipline collective. La république ce n’est pas le bordel (le désordre structurel ne sert que l’ultralibéralisme, qui se nourrit de lui).

Vers un Web du pair à pair (Serge Abiteboul) ?

Comme Jean-Pierre Corniou, Serge Abiteboul dresse le constat de la massification de l’accès à l’Internet : De plus en plus de gens connectés, de plus en plus de données qui s’échangent…

Mais il considère que demander au Web d’être l’instrument d’une construction de la démocratie planétaire serait lui fait porter bien trop de responsabilité : « c’est un outil, de la technologie, et ce n’est pas autre chose. C’est aux citoyens de s’en emparer et d’en faire quelque chose ». Ainsi, il invite à une lecture plus « internaliste » de la question.

A l’inverse, on peut voir dans le Web et plus largement Internet un objet politique. Ne serait-ce que son fonctionnement technique constitue un enjeu politique. Aussi le « combat » pour une république du Web dont parlait J-P. Corniou, passe aussi par des enjeux techniques.

Parmi ceux-ci, citons d’abord la question de la croissance du Web. La solution qui est couramment proposée, face à l’augmentation du nombre d’utilisateurs, de machines et de données, c’est d’augmenter la taille des serveurs. Or c’est une « solution » fort coûteuse, très lourde à mettre en œuvre, et qui surtout rend les petits (l’association du coin) dépendant des gros (les « Google », « Facebook »), c’est à dire ceux qui disposent des serveurs et par conséquent décident de ce qu’ils hébergent ou non comme données de leurs utilisateurs.

Serge Abiteboul milite pour le Web du Pair à Pair, fondé sur l’échange de données entre machines distantes : l’information n’est plus centralisée, mais reste sur les terminaux en tous genres (les « boxs » de certains FAI par exemple, pourraient aussi servir à cela). Il s’agit d’un système moins hiérarchique, plus égalitaire. Grâce au principe du parallélisme, l’information la plus demandée devient plus facilement accessible. C’est aussi moins coûteux en énergie et en machines, et plus sécurisé. Un système très prometteur si l’on décide d’y consacrer des investissements.

Ce petit tour d’horizon de quelques uns des enjeux politiques que soulève le fonctionnement technique du Web l’amène tout comme Jean-Pierre Corniou, à conclure en appelant à une prise conscience, une appropriation de ces enjeux, et une responsabilisation de la part les citoyens, des représentants de l’Etat, de l’industrie et de la recherche.

La construction de la République du Web passe d’abord par remettre le Web – celui des informaticiens et des start-up, des élèves et des blogueurs, celui de tout un chacun et non pas celui des géants du secteur – au cœur de la République.

Débat

> Avec le P2P comment concilier la sécurité et un respect de règles éthiques ?

> SA. Le pair à pair, pour l’instant, ce n’est qu’une technologie qui permet de nous libérer des gens qui contrôlent les serveurs. Ce ne sont jamais les moyens techniques, qui bloquent. La question c’est qu’est ce qu’on veut mettre en place comme règle en matière de contrôe. Et là, c’est d’abord le problème des citoyens.

>Est ce que les citoyens n’ont pas aussi besoin de prendre conscience que le pouvoir leur appartient ?

>J-P.C. Cela suppose surtout que l’on profite du web pour comprendre la complexité des processus qui sont à l’œuvre. Et pour cela, oui, il est absolument nécessaire que le citoyen prenne conscience de son pouvoir, et de la responsabilité qui l’accompagne.

> Peut-on transformer le gratuit en ressource ?

JPC : L’économie, c’est l’allocation optimale des ressources rares. Avec les réseaux, on a découvert, puis libéré une ressource rare : le temps.

Il n’y a pas de véritable antinomie entre une économie de la connaissance et la gratuité. Il faut aussi arrêter de croire que la gratuité « vraie » existe dans l’économie. Il y a toujours quelqu’un qui paie.

> Le passage d’ipv4 à ipv6 pourrait être un cas d’étude concret sur la façon dont on contrôle le Web ?

>S.A. Pour contrôler mieux, il faut des protocoles plus compliqués, plus riches. La difficulté, sur le Web, provient de plusieurs origines. D’abord, il n’y a pas un seul développeur, il n’y a pas un seul système. Sur le Web, il faut faire interagir des services fournis par différents « providers », avec des systèmes opérateurs différents, des langages différents, etc, donc c’est beaucoup plus compliqué de faire de la vérification dans ce cadre. Ensuite, sur le Web, dans un cadre distribué, avec des communications qui varient, il n’est même pas certain que l’on puisse reproduire l’erreur, pour tester des réponses.

> Joaquin Keller : Comment parler de décentralisation et de volonté politique ? Les choses semblent contradictoires. En particulier, pour ipv6, c’est typiquement un problème de volonté politique ; il faudrait que tous les serveurs se mettent à décider ensemble d’adopter Ipv6. En revanche, beaucoup de protocoles sont diffusés viralement, une logique qui semble l’emporter…

> SA. C’est vrai que les technologies qui fonctionnent plutôt bien sur Internet sont celles qui sont adoptées de manière virale.

> On peut aussi porter une approche critique de la technologie. Et si on cessait de chercher à inventer toujours quelque chose ? (si on avait toujours changé les lettres de l’alphabet, ou l’impression… où en serions-nous ?) Il y a déjà tant de choses à faire avec les technologies dont nous disposons.

>S.A. Mais on ne peut pas empêcher ou freiner la créativité, et l’inventivité. En revanche, les DSI ont leur rôle à jouer dans la maîtrise des ces technologies (ils n’installent pas facebook sur tous les desks).

> Mais ce sont les informaticiens qui freinent, face à une prise de pouvoir des utilisateurs sur les outils.

>Par rapport au modèle du P2P, le parallélisme permet l’accès facile aux données qui sont les plus demandées. Le revers de la médaille ne serait-il pas un accès plus difficile à des infos moins populaires (signaux faibles) ?

> S.A. Il ne faut pas nécessairement penser de manière globale. Sur internet, une information qui intéresse une quinzaine de personne, si cette quinzaine de personnes s’organisent en communauté, alors normalement, elles y ont toutes accès.

Si on transpose la question au niveau global, c’est déjà bien différent. Comparons avec ce qui se passe aujourd’hui dans l’univers des moteurs de recherche  : ce qu’on y trouve, ce sont déjà les informations les plus populaires. Le passage au pair à pair n’est pas fait pour résoudre ce genre de problème. Par contre, cela permet d’avoir des petites collectivités, dans lesquelles on a accès aux informations qui importent.

Il est important de se souvenir que le Web n’est jamais qu’une machine. Tout ce qu’il peut faire, c’est donner une réponse qui tienne compte d’un contexte particulier (en caricaturant, on arrive à des schémas où le Web répond à ce que l’on pense).

Enfin, est ce que le Web tient compte de votre niveau d’expertise ? Encore une fois, l’autorité se joue en termes de visibilité. Ce qui ne correspond pas forcément à la réalité sociale. Mais c’est tout ce que l’on peut faire. Faire autre chose, cela devient compliqué.

> Alors la question est comment former les citoyens à avoir un esprit critique ?

S.A. C’est un point fondamental. Il faut apprendre à chercher l’information. Et puis, il faut multiplier les offres.

> Ex de la pertinence de Delicious.

>S.A. Delicious (et wikipedia,) deux exemples de choses développées en pair à pair par la communauté.

> Wikipedia et les communautés apprenantes ?

>S.A. Le nombre de personnes qui acceptent de passer du temps dans wkipédia, gratuitement, est impressionnant. On revient aussi au plaisir collectif, celui de s’inscrire dans une communauté qui produit quelque chose d’utile et de qualité.

> Y a-t-il un impact d’Internet sur notre manière de faire de la politique ?

>S.A. Oui. Enormément. Pour les associations, cela a totalement changé le monde. Tout passe dorénavant par internet. Donc concrètement, on n’a pas besoin de se rencontrer (même si on continue à le faire…). Elles peuvent toucher des gens qu’elles n’auraient jamais touché auparavant.

>Folksonomy et Web sémantique : cela rejoint un peu la question hiérarchisation vs décentralisation, en un sens

S.A. Web sémantique : des problèmes difficiles. Il faut de la main d’œuvre humaine, ca coûte cher, etc.

Le Web 2.0 ne s’oppose pas à cela. Il s’agit de complètement autre chose, un autre mode d’accès à l’information. Il semble qu’il se soit imposé parce que les problèmes du Web sémantique sont des problèmes difficiles, alors que Facebook, c’est juste une base de donnée et trois protocoles. L’important c’est l’invention de nouvelles idées. Rien n’empêche, dans le Web communautaire d’utiliser des outils sémantiques.

>Finalement, le sémantique, n’aurait-il pas besoin de la folksonomy, ne serait-ce que pour résoudre des problèmes d’ambiguïté ?

> Mais en fait, quel est le risque, à laisser le Web continuer à se développer de manière « bordélique » ?

> S.A. Le premier enjeu, pour passer l’échelle, est de comprendre de ce que l’on est en train de faire. Par exemple, si Facebook s’est autant développé, a passé les échelles, c’est que, chemin faisant, ils ont amélioré la qualité de leur produit.

> Mais bittorent ? un truc bricolé et qui pourtant est passé à l’échelle…

>S.A. Oui. Il faut se méfier des généralités quand on parle du Web…

Written by joaquinkeller

25 septembre 2009 à 4:20

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