Approches Interdisciplinaires du Web

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Le Web comme système complexe: une auto-organisation contrôlable ?

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IntervenantsRésuméDocumentsVidéoCompte renduLe cycle de conférences

Date: Mercredi 27 mai 2009, 19h-21h

Lieu: La Cantine. 151 rue Montmartre, Passage des Panoramas, Paris 2e.

Intervenants:

Résumé:

Après une introduction à la science des systèmes complexes, illustrée d’exemples concrets, René Doursat et David Chavalarias nous montreront comment l’étude du Web comme système complexe permet d’en comprendre et mieux modéliser l’évolution, entre spontanéité et contrôle. Jean-Marie Chauvet nous expliquera aussi pourquoi, sur le plan industriel, une approche « systèmes complexes » peut devenir un instrument essentiel dans le succès du développement de l’économie du Web, tant du point de vue de l’ingénierie que des business models.Le Web, système complexe, agit comme un miroir qui permet de nous voir nous-mêmes comme société. Quel impact a cette image réflexive sur notre façon de vivre ? Peut-on influencer son évolution ?

Documents:

ProspecTic 7/12 : Deuxième clé, la complexité, Jean-Michel Cornu,
http://www.internetactu.net/2008/11/28/prospectic-712-deuxieme-cle-la-complexite/

Le siècle des réseaux, dialogue entre Albert-Laszlo Barabasi et James Fowler
http://www.internetactu.net/2009/03/16/le-siecle-des-reseaux/

Systèmes Complexes sur Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_complexe ( en francais) http://en.wikipedia.org/wiki/Complex_system ( en anglais)

Wikipedia as a Complex System (Eduard Lopez)
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/17/Wikipedia_as_a_complex_system.pdf

Livre « Déterminismes et Complexités – Autour d’Henri Atlan », Bourgine et al. (eds.) 2008, éditions La Découverte, en ligne sur
http://chavalarias.com/Cerisy-Atlan

« Organically grown architectures : creating decentralized ,autonomous systems by embryomorphic architectures » ( R. Doursat, 2007)
http://doursat.free.fr/docs/Doursat_2008_devo_OC.pdf

Enregistrement Vidéo:




Compte-rendu:

Le rapport ci-dessous est mis à disposition par Stéphane Raux
selon les termes de la licence Creative Commons
Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage des Conditions Initiales à l’Identique 2.0 France
Creative Commons License

Nota bene : ce rapport d’étonnement n’est ni un compte rendu analytique, ni une synthèse du débat mais plutôt un relevé de points qui ont intrigué/ intéressé/ surpris l’auteur de ces lignes. Il est donc par nature subjectif et incomplet, les vidéos en ligne étant là pour fournir une vision exhaustive du débat.

À l’occasion de la troisième conférence-débat organisée par le projet de Master Web Sciences à la Cantine, nous avons invité René Doursat, David Chavalarias et Jean-Marie Chauvet à nous expliquer en quoi le Web peut être considéré comme un système complexe, et ce qu’une telle approche peut nous apporter pour en comprendre le fonctionnement et les enjeux.
En quoi le Web est-il un système complexe ?
Le Web est assimilable à un système complexe à la fois si l’on considère sa structure, c’est à dire l’ensemble des pages et des relations qu’elles entretiennent, et si l’on s’intéresse aux services qu’il propose et aux usages qu’en font les internautes.
Un système complexe est composé d’un grand nombre d’éléments qui interagissent de manière non concertée. Cela correspond bien à ce que l’on peut observer sur le Web, que l’on considère les pages, les sites et les services qu’ils proposent ou les internautes et leurs pratiques. Dans tous les cas, les acteurs sont très nombreux et ils ont une vision très limitée de l’ensemble du système : les contributeurs de Wikipedia proposent des articles sur les sujets qui les intéressent, mais ils ne connaissent ni l’ensemble des autres contributeurs, ni l’ensemble des sujets qui vont être associés à chaque article.
Les systèmes complexes se caractérisent aussi par leur capacité d’auto-organisation : les actions non concertées des acteurs font apparaître des structures qui organisent le système à différentes échelles. On peut par exemple identifier sur le graphe du Web (les relations de liens hypertextes entre les sites) les « autorités », c’est à dire les sites qui sont très cités et que l’on peut considérer comme influents, et les « hubs », les sites qui citent beaucoup d’autorités, et que l’on peut considérer comme de bons relais pour l’information. On peut observer ces structures à plusieurs échelles, depuis un niveau local, avec des sites qui se détachent au sein de micro-communautés de quelques dizaines de sites, jusqu’aux « poids-lourd » du Web comme Google et Yahoo! qui sont présent sur l’ensemble du Web. Ce sont ces structures qui permettent aux algorithmes des moteurs de recherche de fonctionner efficacement. On observe le même type de phénomène sur des services comme Twitter où les informations déposées par chaque utilisateur peuvent être regroupées pour produire un moteur de recherche efficace sur l’actualité en temps réel.
Ces structures se renforcent d’elles mêmes : le résultat de l’action d’un individu a des répercussions dans le système sur l’état futur de cet individu. Un site Web est d’autant plus « influent » qu’il est cité par d’autres sites « influents », les sites qui se citent entre eux renforcent mutuellement leur statut. On peut aussi prendre l’exemple d’un conducteur qui consulte l’état du trafic routier sur Internet et qui choisit de modifier son itinéraire : cela peut changer l’état du trafic si suffisamment de conducteurs prennent la même décision en même temps.
Quelles sont les spécificités du Web en tant que système complexe ?
Ces caractéristiques d’émergence expliquent le succès des plateformes collaboratives et le rôle essentiel qu’elles tiennent dans le Web aujourd’hui. En plus du très grand volume de données que ces services permettent de collecter, on espère bénéficier d’une « intelligence collective », comme dans le cas des suggestions des clients de Dell qui sont recueillies dans une base de données et exploitées pour définir de nouvelles orientations du frabriquant. De la même façon, la communauté Open Source permet d’obtenir des logiciels qui peuvent être très fiables en permettant à « chacun » de modifier un logiciel pour l’améliorer.
Le caractère très social du Web accentue l’importance des boucles de rétroaction : les recommandations que fait un utilisateur sur un service ou un produits sont susceptibles d’influencer d’autres utilisateurs qui vont à leur tour émettre des recommandations. Une expérience sur le marché de la musique en ligne montre que si on prend deux groupes de personnes à qui l’on demande d’écouter des morceaux et de choisir ceux qu’ils préfèrent, on obtient des classements très différents si l’on propose les morceaux sans autre information, ou bien si l’on propose les morceaux en indiquant lesquels ont été choisis par les autres utilisateurs. Si on multiplie les expériences, on se rend compte que le classement varie d’une fois sur l’autre lorsqu’on introduit les informations de choix. Les recommandations jouent donc un rôle déterminant dans le renforcement de tendances : si on pense que Facebook est la principale plateforme de réseau social, on va la choisir plus facilement que celle d’un autre concurrent moins connu. On retrouve exactement le même principe dans le classement de « Pagerank » de Google : les sites sont d’autant mieux classés qu’ils sont cités par des sites à fort Pagerank, ce qui augmente leur visibilité et donc le nombre de lien qui vont pointer vers eux.
Ces éléments constituent un enjeu essentiel de l’économie du Web : la valeur économique d’un service est largement liée à sa capacité à produire un effet d’émergence. Les sites de vente en ligne multiplient les outils de commentaires et de recommandations des produits afin de tirer parti des boucles de rétroactions. Le « marketing viral » s’inspire ainsi de modèles d’épidémiologie pour maximiser la diffusion d’une information ou d’une recommandation tout en minimisant son coût.
Peut-on vraiment contrôler cette complexité ?
L’importance des boucles de rétroaction et le caractère imprédictible de l’état qu’elles vont renforcer nous pousse à nous interroger sur les notions de qualité et de succès. On considère le plus souvent que le succès d’un produit ou d’un service est dû à sa qualité. L’étude des boucles de rétroaction nous indique que le succès est contingent : il est le résultat d’un processus aléatoire qui s’est renforcé avec le temps, ce n’est que lorsqu’on regarde le résultat du processus à posteriori que celui-ci nous semble « logique ». C’est particulièrement sensible aujourd’hui sur le Web où par exemple le référencement d’un site par Google est déterminant pour sa visibilité, au point que les concepteurs de sites adaptent leur contenu en espérant profiter des algorithmes de classement. Cette part de contingence explique aussi l’incapacité des spécialistes à déterminer avec certitude si tel ou tel site va rencontrer du succès : en pratique, les services innovant ne sont pas produits par les grands acteurs comme Google ou Yahoo!, ceux-ci se contentent de les racheter dès qu’ils deviennent performants.
On peut aussi se demander jusqu’où l’approche des systèmes complexes est pertinente : dans de nombreux cas, le comportement « non concerté » d’une majorité d’acteurs est contrebalancé par une organisation très rigoureuse qui assure la cohérence de l’ensemble du système. C’est le cas pour les communautés de Wikipedia ou de l’Open Source, qui sont régies par des règles très strictes, avec des systèmes de comités d’arbitrage très élaborés. On est alors loin de l’auto-organisation ! On observe aussi une grande hétérogénéité des engagements sur les services collaboratifs : une minorité d’utilisateurs est très active et produit la majorité du contenu, tandis que la majorité est très peu active et a un apport marginal. Les bénéfices que l’on peut retirer de tels systèmes sont donc très inégaux en fonction de l’investissement et de la capacité de chacun à l’utiliser de manière efficace.

Written by joaquinkeller

4 octobre 2009 à 2:00

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